Les mines de Potosi, entre enfer et tourisme

Avec ses 4090 mètres d’altitude, Potosi dépasse largement, en terme de hauteur, la ville de Lhassa au Tibet.

Potosi: Une mine pour l’économie mondiale

Si cette ville est un bijou de l’architecture baroque, avec son ancien centre colonial coloré, Potosi est surtout célèbre pour ses mines d’argent et d’étain, qui ont très largement participé à l’expansion du capitalisme européen.

Entre 1545 et 1580, les mines de Potosi fournissent une moyenne de 240 tonnes d’argent à la couronne espagnole, qui le dépense sans compter. Cette période de grande exploitation des gisements de Potosi permet aux économies hollandaises, françaises et britanniques de s’étendre. Ce cercle vertueux favorise par la suite les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Asie.

Au prix du sang et de l’esclavage

Dans les mines, la grande majorité des travailleurs sont des esclaves d’origines indienne et africaine. Les esclaves africains sont surtout employés dans la Casa de la Moneda, car leurs corps ne sont pas aussi bien adaptés à l’altitude que ceux des indiens, nés sur ce continent. A la Casa de la Moneda de Potosi, en plein centre-ville, on y frappe les monnaies de beaucoup de pays d’Amérique du Sud. Sur les pièces, le sigle PTSI aurait inspiré beaucoup plus tard celui des américains, le fameux dollar : $

Doc. 1. Les Espagnols exploitent les mines d'or. Les ...

Les conditions de travail dans la mine sont terribles. Les éboulements sont fréquents. A ce travail physique se mêle une chaleur étouffante avec peu d’oxygène, combinée à la poussière de silice et à différents gaz toxiques (arsenic, amiante etc). Il est donc extrêmement difficile de respirer, et ces conditions tuent les organismes des travailleurs. Les chiffres indiquent un taux de mortalité entre 7 et 8 millions d’êtres humains, dont les corps n’ont jamais été vraiment sortis des mines. Des anonymes sans tombe ni cimetière. Des oubliés du passé.


«  La quantité d’argent extraite des mines de Potosi suffirait à construire un pont au-dessus de l´atlantique pour relier Potosi à l´Espagne… mais ce pont pourrait être également construit avec les ossements de mineurs morts »
 
Eduardo Galeano  Les veines ouvertes de l’Amérique Latine

Du tourisme dans les mines de Potosi

Aujourd’hui, la mine du Cero Rio est devenue la principale attraction touristique de la ville. On peut s’essayer au métier de mineur quelques heures et observer ceux-ci travailler.

Pour un tour que l’on paye 100 à 150 bolivianos, soit entre 12 et 18 euros, ceux-ci n’en toucheront que 10 misérables Bolivianos (1 euro 20).

Sucre, faisons le plein d’énergie en Bolivie | Step by Step

Les conditions de travail n’ont pourtant pas beaucoup évoluées. La mine est pratiquement épuisée et se trouve loin de ses périodes d’or. Ici, le danger est permanent car après des années d’exploitation, la mine de Potosi est un véritable gruyère.

On se trouve donc au cœur d’un tourisme de misère, où l’on paye des agences une fortune pour pouvoir voir ces mineurs travailler.

Dans le bus pour venir à Potosi, un mineur me raconte qu’il choisit ses horaires de travail. Ils sont payés à hauteur de ce qu’ils extraient. Ici, l’argent est devenu beaucoup trop rare à piocher. C’est majoritairement l’étain que l’on extrait des mines. Il me raconte que les conditions de travail sont en revanche meilleures qu’avant. En effet, l’espérance de vie est passée de 35 ans dans les années 1970 à 45 ans aujourd’hui. Mais les mineurs meurent encore principalement de maladies, à cause des gaz et de la poussière, qui détruisent leurs poumons à petit feu.

Dans la région de Potosi, le manque d’emplois forcent beaucoup de jeunes ne pouvant pas payer leurs études à travailler dans la mine. C’est la principale source d’économie de la ville. Certains jeunes étudient la journée et travaillent à la mine la nuit pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Une vie au rythme éreintant, qui les condamne à un futur difficile en terme de santé.

En Bolivie, 14 ans représente l’âge minimum légal pour travailler. Il est donc possible d’avoir une activité économique très jeune. Pourtant, 51 % des enfants qui travaillent en Bolivie affirment que l’argent est destiné pour aider leurs familles.

Potosi - Mine workers

Ici, on ne mange pas de la journée, car il est difficile de sortir de la mine. Alors on attend et on espère que les touristes ramènent de quoi manger ou boire. Des vivres qu’ils peuvent acheter à l’entrée de la mine.

Alors certes, les touristes vont au cœur de la mine pendant plusieurs heures, et ce n’est pas une tâche facile, car il faut ramper et se retrouver dans une environnement suffoquant et à peine vivable; certes, cela apporte un peu d’argent et de nourriture aux mineurs;

Mais est-il vraiment éthique de faire du tourisme dans la mine? D’observer et de déranger ces travailleurs qui triment sans vrai reconnaissance de leur propre président Morales? Ces condamnés qui travaillent d’arrache-pied pour espérer ne serait-ce qu’un petit filon d’étain, afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles?

D’un point de vu personnel, j’ai beaucoup de mal avec ce genre de tourisme. On aura beau me dire qu’il y a des agences plus « éthiques » que d’autres, je ne cesserai de me poser, justement, cette question de l’éthique. Payer pour observer d’autres humains vivre dans de telles conditions, me parait en fait, inhumain.

Je trouve en revanche qu’il est normal de s’y intéresser, de vouloir comprendre et voir. Et il est important de comprendre l’existence de ce genre d’endroit.

En revanche, il est aussi crucial de se poser ce genre de questions en tant que touriste. Car oui, nous avons cette responsabilité, et cette possibilité de vraiment faire évoluer tout cela. Chaque jour, notre façon de voyager, et ce que nous payons, fait évoluer les pays que nous visitons. La Bolivie reste encore peu touristique et en récente expansion par rapport à cela.

Il est donc logique que ce genre de service soit offert, afin de satisfaire nos questionnements et notre curiosité.
Mais il y a tellement d’autres moyens de pouvoir en apprendre plus! N’ayez pas peur d’aller à la rencontre de ces mineurs, dans les rues de Potosi. (Je sais que les Boliviens peuvent faire peur de prime abord, mais je vous le promet, les yeux fermés, ce sont des personnes généreuses, avec un cœur en or.)

Pour ma part, je trouve ça mille fois plus intéressant de questionner un mineur dans les rues. Il n’en manque pas et ils se feront un plaisir d’échanger sur ce sujet, de répondre à vos questions.

Pour en savoir plus, voici un très bon documentaire de la BBC News (en anglais).

Partager sur vos Réseaux

Manon

Manon est la fondatrice du site internet. Addict du voyage en sac-à-dos, elle sillonne notre planète en tant qu'auteure et vidéaste. Grande curieuse du monde et des découvertes, c'est une personne qui aime juste la vie, tout simplement. Rejoignez-moi sur mon profil Google+

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge